La ludopédagogie, un atout (de cœur) pour une expérience de formation innovante et impactante

Avec l’évolution des pratiques managériales, le jeu est de plus en plus perçu comme un nouveau levier d’apprentissage et d’implication. Si cela semble évident, la ludopédagogie a pourtant mis du temps à entrer dans les mœurs des entreprises et des organismes de formation.

L’ « artefact », c’est-à-dire le jeu en tant que tel, n’est que la partie la plus visible de la ludopédagogie ! Prenons du recul avec cette interview de Corentin Desplanques, Responsable de l’Offre Formation de Projexion et ludopédagogue.

 

Qu’est-ce que c’est pour toi la ludopédagogie ?

Pour moi la ludopédagogie consiste à s’appuyer sur un levier d’apprentissage inné de l’être humain : le jeu. On a tendance à l’oublier en grandissant, mais tous les enfants apprennent en jouant ! La ludopédagogie, c’est donc tout simplement utiliser ce levier dans des contextes de formation.

Pour ceux qui douteraient encore, les neurosciences apportent maintenant des preuves de son efficacité. L’être humain retient plus facilement des concepts et des méthodes quand ils sont associés à des émotions. La ludopédagogie le permet, en essayant bien sûr d’y associer des émotions positives !

La ludopédagogie fait aussi entrer les apprenants au sein du cercle magique du jeu. Elle crée un instant en dehors du temps et qui n’aura pas d’incidences sur la vie réelle. La logique d’essai et d’erreur, essentielle pour l’apprentissage, devient une évidence. La démarche ludique est déconnectée des liens de subordination et il n’y a pas de répercussion des choix effectués pendant l’activité. Les apprenants sont donc libres d’être eux-mêmes, voire de se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre.

Comment la ludopédagogie est-elle perçue par les entreprises ? Y a-t-il des réticences ?

Jusqu’à présent tous les échanges que nous avons eus avec des organisations ont été constructifs. Bien sûr, pendant les activités on peut rencontrer des réticences ou voir certains participants sur la réserve. C’est alors aux formateurs de savoir débloquer les situations et accompagner les apprenants.

Les entreprises sont maintenant à l’origine des demandes. Elles ont conscience qu’il ne suffit pas de remplir un cerveau de connaissances théoriques, accessibles en majorité sur internet. Avec l’évolution des directions des ressources humaines et la prise de conscience du capital humain, elles sont de plus en plus en recherche de compétences avec la bonne posture plutôt que de connaissances !

 

Les entreprises ne veulent plus de formations « scolaires » pour leurs employés ! Les décisionnaires sont maintenant attachés au vécu, à la mise en situation et à l’engagement qui auront un impact réel sur le quotidien des apprenants.

 

Le choix des mots a cependant son importance. Le mot « jeu » peut faire peur ou paraître futile. Le mot « activité ludopédagogique » beaucoup moins ! C’est un moyen de faire passer des messages, en association avec des apprentissages et des éléments théoriques. Il ne faut pas non plus oublier que les journées de formation alternent généralement différents modes d’apprentissage : ludopédagogie, descendant, démonstratif, storytelling, interrogatif, projet… La clé est d’adapter le mode d’apprentissage aux objectifs pédagogiques  !

 

Quels sont les différents cas d’applications concrets du jeu dans le domaine professionnel ?

Une première précision sur le vocabulaire : le « jeu sérieux » englobe la ludopédagogie. Celle-ci correspond au jeu sérieux appliqué au domaine de la formation.

Le jeu sérieux peut être utilisé pour plusieurs finalités : transmettre un message, dispenser un entrainement, collecter des données, susciter de la collaboration et de la cocréation ou faciliter l’introspection.

 

Les organisations cherchent de plus en plus à utiliser le jeu comme un échafaudage pour la transformation de l’entreprise !

 

Comme exemple d’application, Google avait lancé il y a quelques années « Google Image Labeler ». Les internautes devaient tagguer une image avec des mots-clés décrivant son contenu pour obtenir un score. C’était un jeu sérieux, mais sans apprentissage et avec l’objectif évident de collecter de la donnée !

On peut aussi citer les Exergames qui apportent une dimension interactive et ludique aux exercices de la rééducation du patient ou les Advergames qui visent à développer l’image d’une marque à travers ce média qu’est le jeu.

 

Quelles sont les différentes démarches qui permettent de créer un jeu sérieux ?

 

La plus accessible est le Serious Gaming, qui consiste à détourner un jeu existant à des fins pédagogiques. On y retrouve deux sous-catégories :

Le Serious diverting dans lequel on conserve le jeu à l’identique en ajoutant un moment de prise de recul. Par exemple nous avons utilisé le jeu vidéo Overcooked dans une séquence de ludopédagogie sur l’efficience opérationnelle.

– L’autre sous-catégorie est le Serious Modding. Les mécanismes du jeu demeurent mais une partie des objectifs, de la narration ou du matériel est modifiée. Nous avons ainsi détourné le jeu Timeline pour en faire une version dédiée à la transformation digitale.

Le Serious Gaming n’est pas la seule démarche possible. La dégamification consiste à retirer des éléments et des règles à un jeu existant. On l’exploite lorsque seules certaines parties d’un jeu sont intéressantes vis-à-vis de l’objectif à atteindre.

Dans la gamification, on part d’un élément sérieux et on y associe des caractéristiques du jeu. On peut ainsi gamifier un projet, une interface logicielle… Nous l’avons par exemple mise en application chez Projexion pour un projet interne autour de nos offres. De manière beaucoup plus simple, remplir des exercices de textes à trous ou remettre dans l’ordre les étapes d’une méthodologie s’apparente aussi à de la gamification ! La visée est sérieuse mais pour atteindre cet objectif on valorise une forme ludique qui facilite l’engagement.

La dernière catégorie est le Serious Game Design qui consiste à concevoir un jeu à partir d’une page blanche en intégrant des objectifs pédagogiques. Nous avons été plusieurs chez Projexion à participer à l’Edu Game Jam de Paris. Le principe est de créer en moins de 2 jours un jeu sérieux sous certaines contraintes. Avec mon équipe nous avons prototypé un jeu autour de l’égalité homme/femme pour lequel nous avons remporté le Prix du Jury catégorie adulte. J’ai aussi participé à la création de Codroïd-19, un jeu pour mieux comprendre les mécanismes de la propagation du Covid-19, basé sur de vraies données scientifiques.

En tant que formateur, quels sont pour toi les premiers bénéfices de la ludopédagogie ?

Le premier intérêt c’est de rendre les participants acteurs. La dynamique du groupe change, et c’est fondamental pour l’expérience de formation ! Même si l’univers du jeu est décalé, il y a toujours une transposition dans la réalité. Le debriefing met l’accent sur ces ponts : en quoi ce qui a été vécu dans le jeu est semblable ou différent du vécu quotidien ?

Le deuxième bénéfice très fort c’est l’impact. L’immersion, les émotions et le vécu marquent la mémoire. A titre d’exemple, l’apprentissage qui m’a le plus marqué durant mes études provient de ma participation à un jeu de gestion d’entreprise !

 

L’attention est extrêmement précieuse dans les formations. La ludopédagogie permet aux participants d’être concentrés sur l’instant présent.

 

Le jeu facilite aussi le partage et les échanges. Dans le cadre de formations intra-entreprise, la coopération et le teambuilding sont bien sûr à l’honneur. Lors de formation inter-entreprises, il favorise l’interaction entre les participants et enrichit l’expérience des différents points de vue.

 

En tant que formateur, l’utilisation du jeu Panic Island lors d’une formation auprès d’une mutuelle étudiante a été un vrai révélateur. La journée de formation portait sur les valeurs et les principes de l’agilité, et notamment sur le fait de privilégier les individus et leurs interactions plutôt que les processus et les outils. Dans cette séquence de ludopédagogie, les participants avaient 30 min pour faire le meilleur score à Panic Island, dont les parties durent 2 minutes. Plutôt que de réfléchir sur les règles 25 minutes et de ne faire que 2 parties, ils ont fait le choix d’itérer une dizaine de parties et de s’améliorer à partir de leurs retours d’expérience. Ils ont pris d’eux-mêmes l’initiative d’organiser après chaque partie un débriefing et ils ont analysé les rôles pris naturellement par chacun. Le parallèle avec leur quotidien professionnel et les sprints agiles est venu naturellement lors de la prise de recul ensemble. Pourquoi n’organisaient-ils pas de retrospective chaque semaine ? Comment pouvaient-ils dans leur quotidien prendre le recul dont ils avaient bénéficié après chaque itération dans le jeu ?

Au-delà de la formation, quels sont les liens de Projexion avec cette dimension ludique ?

Nous sommes intégrés dans un écosystème de partenaires et d’événements autour du jeu sérieux. Je suis convaincu que la place de la ludopédagogie et du Serious Game ne va faire que croitre ces prochaines années au sein du monde professionnel. Les offres de Projexion vont continuer à évoluer pour développer de nouveaux modes d’apprentissage capables de faire vivre des expériences innovantes et impactantes.

Au-delà des formations, le Serious Game offre aussi de nouveaux outils pour animer les réunions, piloter les projets, accompagner le changement… Le jeu est l’occasion d’interagir différemment. Dans mes missions, j’organise des lunch & fun qui me permettent de créer plus facilement un réseau d’interlocuteurs chez mes clients.

 

Tu apprends parfois plus en une heure de jeu sur quelqu’un qu’en une journée !

 

En tout cas, l’envie de faire rentrer davantage le jeu dans le monde de l’entreprise continuera de me porter !

 

Corentin Desplanques, Consultant en Architecture d'Entreprise et management de Projet

Corentin Desplanques

Consultant en architecture d’entreprise
et management de projets

 

 

Projexion est un cabinet de conseil en organisation et en transformation. Formation, Serious Game, gestion de projet, transformation digitale… nous mettons à votre disposition un « collectif d’expertises » pour vous transmettre nos convictions et nos méthodes !

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