Pourquoi et comment initier une démarche de développement durable dans la stratégie supply chain de son organisation?

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RSE & Supply

Amaury Vercoutere est consultant en Supply Chain et manager de l’Offre Produit &  Supply chez Projexion. Son parcours professionnel s’est progressivement spécialisé autour de la supply chain et du produit sur des postes de management de projets , de manager de transition et de direction de Production.

Depuis quelques  années, Amaury se construit une expérience solide dans le  secteur du retail autour de problématiques telles que l’externalisation des activités logistiques, la migration de SI ou plus simplement la direction des opérations.

Dans cette interview, il nous partage ses convictions autour des enjeux du développement durable pour la supply chain. Comment rendre une supply chain plus durable et responsable? 

Quelles sont les enjeux et les tendances qui rendent nécessaire, selon toi, de se diriger vers des supply chain plus durables et résilientes? 

Il est effectivement nécessaire pour les organisations de se diriger vers une supply chain plus responsable, les enjeux sont forts compte tenu des contextes économique, politique et sociétal.

De mon point de vue , les trois  plus gros enjeux qui poussent les entreprises à initier ce genre de démarche  sont le client, les normes et  réglementations et l’impact sur le climat.

Tout d’abord le client car aujourd’hui plus que jamais l’image de marque est importante et les grands comptes sont obligés de communiquer sur la mise en place de ce genre de démarche pour rester concurrentiel et fidéliser leurs clients de plus en plus sensible au développement durable, aux démarches RSE et à l’impact environnemental de leur consommation.

Second enjeux: la mise en conformité. En effet, de plus en plus de normes et réglementations poussent les entreprises à initier des démarches RSE. On note par exemple les normes liées à la réduction des gaz à effet de serre, aux rejets de déchets, à la consommation d’énergie. Tous ces éléments vont réguler les pratiques au sein de la supply chain dans l’organisation 

Enfin, il existe un fort enjeu lié à l’environnement lui-même : le réchauffement climatique est un sujet incontournable dans le secteur de la supply chain. C’est un élément qui préoccupe de plus en plus les entreprises.

A plus long terme, il y a également un enjeu économique puisque le retour sur investissement sera observable mais des investissements sont nécessaires au préalable.

On constate une forte pression concurrentielle, et dans ce contexte, la mise en place de démarche RSE au niveau supply chain n’est plus différenciant. Les acteurs du marché qui n’engagent pas la démarche environnementale seront distancés, et ce tous secteurs confondus.

Pour donner des chiffres, on note que le transport de marchandises représente 30 % des émissions de gaz à effet de serre,  le secteur du retail et sa supply chain sont donc fortement impactés à ce niveau là.

A terme, les activités numériques finiront par dépasser l’impact sur l’émission des gaz à effet de serre. Nous sommes aujourd’hui à moins de 20% mais ce chiffre ne cesse de croître, il est important de réagir.

3,3 milliards de personnes sont déjà impactés par le changement climatique à ce jour. Soit parce que leur mode de vie a dû évoluer, soit à cause de catastrophes naturelles ou climatiques. Ce chiffre est impressionnant! 

Et au niveau des tendances liées à la supply chain ? 

De mon point de vue, les grandes tendances au niveau de la supply chain sont l’excellence opérationnelle, les préoccupations environnementales et les préoccupations sociétales. Les tendances sont liées aux enjeux, il n’y a pas de mystère.

Au niveau de l’excellence opérationnelle, il s’agit de pousser à l’extrême toutes les pratiques d’amélioration continue, de lean management qui vont permettre de consommer moins d’énergie, de produire plus juste pour éviter le gaspillage.  Cet axe est fortement drivé par l’aspect économique.

En ce qui concerne les préoccupations environnementales, les grandes tendances sont la réduction des activités qui émettent des gaz à effet de serre (transport), l’optimisation des activités de manufacturing (réduction de consommation d’énergie) et toutes les actions sur la réduction des packaging.

Enfin, au niveau sociétal, la tendance est à l’amélioration des conditions de travail et à la revalorisation car dans la supply bon nombre de métiers sont dévalorisés, voir précarisés (chauffeurs, travail dans les ports). 

Quel est l’intérêt pour l’entreprise, au-delà de ces grands enjeux, de mettre en place une démarche RSE au sein de la supply Chain?

La mise en place d’une politique RSE améliore les résultats financiers , cela améliore les ventes , valorise le business et améliore l’attractivité des investisseurs.

Prenons comme exemple les dirigeants du fond d’investissement Black Rock qui entre 2017 et 2018 ont changé leur point de vue sur ses investissements : Investir dans une entreprise qui a mis en place une démarche RSE sera long terme plus profitable”

Comment initier une démarche RSE au sein de la stratégie Supply chain ? Quelle méthode préconises-tu ?

Pour initier la démarche je préconise de s’appuyer sur les 10 principes et 17 objectifs proposés par l’ONU qui traitent de 4 grandes catégories: droits de l’homme, travail , environnement et l corruption et qui se déclinent en 17 objectifs.

Il est indispensable d’ insuffler cette démarche dans la stratégie d’entreprise  et de commencer par une phase de cadrage qui consistera pour l’entreprise à s’évaluer à partir de standards tels que les normes ISO 14000 (sur les aspects environnementaux) et ISO 26000 (sur les aspects sociétaux).

Pour déployer la stratégie, il y a ensuite 5 grandes étapes:

1 – Se mettre en conformité : par rapport aux règles, aux standards définis par la réglementation sur les activités de l’organisation.

2 – Procéder au reengineering des process métiers,  à leur redesign pour optimiser les activités et ainsi participer à la réduction de consommation d’énergie, d’émission de gaz à effet de serre, réduction des gaspillages …

3 – Restructurer le schéma logistique. Il s’agit là d’étudier comment une entreprise est organisée au niveau de son réseau, de son transport, du  stockage, …

4 – Innover. On s’attache dans cette étape à essayer de trouver des nouvelles technologies pour optimiser la supply chain et innover (moins de transport, moins de stockage, moins de déchets )

5 – S’améliorer en continu et communiquer. On parle d’amélioration continue, de travail autour de l’image. Dans cette étape, l’organisation établit de nouveaux standards, communique, s’engage localement , montre les résultats obtenus, s’engage plus fermement au niveau sociétal  . C’est à ce moment-là que les organisations cherchent à obtenir des labels, des certifications. De plus en plus d’entreprises sont labellisées , cherchent à obtenir des certifications telles que  “BCorp” (certification américaine obtenue notamment par La Camif) ou “EcoVadis” et “Lucie 26000” qui sont des certifications françaises reconnues dans le secteur.

C’est souvent la dimension sociétale qui vient en dernier , car les enjeux sont moins économiques , on est dans l’image et dans la mise en valeur / en visibilité des actions menées dans les 4 précédentes étapes.

Il est indispensable de préciser que la  démarche RSE doit être mise en place de manière globale : à l’interne et au niveau externe. C’est à dire qu’il faut prendre en compte à la fois les impacts de l’entreprise  mais aussi le contexte externe : les différents fournisseurs, clients et les sous traitants. 

Quels sont les quick wins à mettre en place pour une Supply chain  plus responsable et durable?

En interne, on peut par exemple travailler sur la  conception des produits pour améliorer leur durabilité ou réparabilité, la diminution des déchets , la digitalisation des process . On voit de plus en plus souvent de la maintenance préventive dans l’industrie et dans la supply Chain. On privilégie l’entretien préventif pour éviter la casse et le remplacement de l’équipement de production et de logistique. Autre quick wins: Former ses employés autour de la sécurité et du bien être (gestes et posture).

En externe, sur le volet “Client” les Quick Wins identifiés sont  la mise en place de l’économie circulaire (réutilisation des emballages ), la mise en place des outils de CRM, l’optimisation des logistiques des retours, les réparations et réutilisation de produits (Seconde Main). Je pense que les entreprises ont la responsabilité « d’éduquer leur clients”  à la RSE en donnant des conseils, en sensibilisant les clients sur les produits, leur utilisation.

Sur la partie fournisseurs, on peut mettre en place un audit RSE dans les  processus de sélection des fournisseurs pour valider leur engagement sur les différents aspects RSE. On peut faire évoluer les relations avec les fournisseurs dans le but de passer d’un mode contractuel (relation commerciale simple) à un mode partenaire ou chacun serait gagnant sur différentes dimensions.

D’autres Quicks Wins peuvent être mis en place pour obtenir plus rapidement des effets , en parallèle d’une démarche RSE globale sur la supply chain. Par exemple dans le domaine du transport il est de plus en plus courant d’éduquer les conducteurs de camion a une conduite plus responsable (réduire la consommation de Gazole en réduisant la vitesse de conduite). 

La logistique « reverse » des emballages est aussi de plus en plus régulièrement mise en place : on ré-utilise des emballages pour les retours de produits.

La “méthode des 6 R “ permet de mettre en place des quick wins  sur les chaînes logistiques :  Réduire (consommation), Réutiliser( emballages, déchets réutilisés dans les process industriels), Réparer (plutôt que jeter : équipements ) , Recycler (déchets réutilisés dans d’autres industries) Refuser ( se donner le choix de choisir un fournisseurs RSE ) et Repenser (re-designer les process, penser global plutôt que local, partager plutôt que posséder des équipements, raisonner recyclage plutôt que entrée/sortie,…).

Une autre méthode, les 7 MUDA , est très utilisée dans l’industrie et la Supply Chain. Cette méthode est centrée sur la réduction des 7 formes de gaspillage.

Quelles sont les bonnes pratiques que tu as pu constater lors de tes différentes expériences en termes de développement durable côté supply chain ?

J’ai pu constater qu’il est important de mettre en place des tableaux de bord, des KPI liés à la démarche RSE, qui vont au-delà des KPI standards économiques classiques. Si on ne mesure pas, on peut difficilement s’améliorer. Par exemple: mesure de la satisfaction des clients, mesure du gaspillage, mesure de la consommation d’énergie. Au niveau sociétal, il peut être intéressant de mesurer le bien être au travail , la qualité du travail , le turn over.

Autre bonne pratique :  quand on met en place une nouvelle activité, il est indispensable de raisonner le plus en amont possible sur la partie RSE . Il est plus difficile de repenser une activité déjà en place que de mettre en place une démarche RSE dès le démarrage de l’activité.

J’ajouterai également qu’il  faut un alignement de toutes les parties prenantes dans l’organisation . Il ne faut pas que les achats soient focalisés sur l’aspect économique par exemple. La démarche RSE doit être transverse au sein de l’entreprise, la Supply Chain ne peut pas agir seule ! La démarche doit être dans la stratégie globale de l’entreprise.

Plus personnellement, peux-tu nous partager tes convictions sur la supply chain de demain ? 

Je pense tout d’abord  que la Supply est un des principaux leviers au niveau RSE pour les entreprises. Il y a beaucoup à faire pour s’améliorer sur les aspects environnementaux dans la supply chain. Il s’agit du département le plus concerné par la RSE , il faut donc agir en mettant en place une démarche structurée.

De plus, c’est un sujet incontournable pour avoir une durabilité des activités auprès de nos clients . Le développement durable a pris une dimension plus globale et j’ajouterai que le  contexte actuel ( les crises que nous sommes en train de vivre) sont des accélérateurs pour la transformation sur les aspects RSE . Au niveau transport, production, énergie, tout coûtera  plus cher rapidement . L’enjeu sur la réduction des dépenses énergétiques va s’accélérer.

Il va par exemple devenir de plus en plus coûteux de faire transiter un conteneur de Chine vers la France, le coût des énergies va également augmenter . Si les entreprises ne se transforment pas rapidement, elles pourraient se mettre en péril . Il va falloir changer nos pratiques . 

“L’immédiateté va devoir être repensée, la conception des produits et leur disponibilité va devoir être revue rapidement”

“Il est indispensable de réagir maintenant pour rester concurrentiel demain “

Il faut également bien prendre la mesure des enjeux de la digitalisation car souvent c’est un compromis. La digitalisation améliore souvent un aspect économique ou sociétal mais aujourd’hui beaucoup de technologies sont mises en place au détriment de la consommation d’énergie . 

Les technologies sont gourmandes en consommation d’énergie . Il est indispensable de faire le parallèle avec la sobriété numérique et le Green IT.

De mon point de vue, la mutualisation des moyens dans la supply chain (stockage, transport,…) pour réduire les consommations d’énergie va rapidement devenir indispensable pour optimiser les ressources.

Comment Projexion, en tant que cabinet de conseil et d’accompagnement peut participer à la mise en place d’une démarche RSE dans une stratégie supply chain ?

Projexion accompagne les organisations  dans le cadrage et la mise en place de la démarche RSE au sein de leur stratégie Supply chain en établissant un état des lieux, en participant à la mise en place d’outils de mesure et d’indicateurs.

Projexion peut accompagner dans le cadre de missions de conseil les clients sur les aspects choix technologiques (innovation vs sobriété numérique)

Sur le volet accompagnement, les consultants peuvent accompagner la mise en œuvre de la démarche notamment en accompagnant  la transformation des processus chez nos clients et en y insufflant les enjeux RSE dans les nouveaux process.

Dans le cadre de ce type de projets, Projexion propose  de remettre l’humain au cœur des projets en proposant des démarches d’accompagnement au changement .

Parallèlement , Projexion, en tant qu’organisme de formation propose de faire monter en compétence vos équipes sur différents aspects de vos projets de transformation : accompagnement au changement, démarche processus , sensibilisation à la sobriété numérique ,…

“Le développement durable c’est le développement qui permet de subvenir aux besoins du présent sans compromettre la capacité des futurs générations à subvenir à leurs propres besoins”

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